Du 8 au 11 mai 2025, la 10e édition de PHOTOFAIRS Shanghai s'est tenue au Shanghai Exhibition Center. Placée sous le thème « The Age of Visual Voices », la foire s'est organisée en six sections, réunissant plus de 100 galeries et institutions artistiques venues de plus de 20 villes à travers le monde. Ce rendez-vous a ouvert un dialogue autour de l'écosystème de l'art photographique en Asie-Pacifique ainsi que du développement global de l'art contemporain de l'image.
Parallèlement, la foire a lancé la toute première édition du Shanghai International Contemporary Photo Festival (SICPF). Ce festival s'est déployé à travers la ville en partenariat avec près d'une vingtaine d'institutions et espaces culturels, tels que Fotografiska Shanghai, Shanghai Minsheng Art Museum, Longlati Foundation, Fujifilm X-Space, iE sPaCe, AFTERART PHOTOLAB, entre autres. Ce programme s'est traduit par « 1 foire + 12 expositions thématiques + 15 expositions parallèles » réparties dans divers lieux à Shanghai.
Cette édition a accueilli 65 jeunes artistes né·e·s dans les années 1980, 1990 et 2000, originaires de Chine, soit une augmentation de 132,14 % par rapport aux 28 artistes présent·e·s en 2024. Cette croissance résulte non seulement de l'expansion générale de la foire, mais aussi d'une mobilisation accrue des galeries et institutions dans la promotion des artistes émergent·e·s, notamment dans le contexte de l'attention croissante du marché de l'art pour la nouvelle génération d'artistes.
Cet article propose une sélection de sept jeunes artistes prometteur·ice·s issu·e·s de l'exposition thématique ainsi que de six galeries locales et internationales (cinq locales et une française). Parmi elles, on retrouve à la fois des galeries émergentes et des structures dédiées à la promotion des pratiques artistiques jeunes.
La photographie, en tant que médium, est à la fois un moyen d'expression personnelle pour les artistes et une réponse puissante aux enjeux contemporains. À travers ces œuvres, se dévoilent autant une sensibilité aiguë aux réalités sociales qu'une interrogation profonde des émotions personnelles. Ces créations insufflent une énergie vive à la foire et témoignent de la force singulière de la nouvelle génération d'artistes photographes contemporain·e·s en Chine.
Gao Yutao (高郁韬)
Né en 1988 dans la province du Hunan, Gao Yutao vit et travaille à Shanghai. En 2019, il obtient son diplôme à l'Académie des beaux-arts de Düsseldorf, en Allemagne. Son travail, qui mêle photographie, installation et vidéo, interroge la mémoire, le temps et les objets du quotidien. À travers une approche poétique, il cherche à dépasser la fonctionnalité banale des choses ordinaires.
Dans son œuvre Landing présentée par BONIAN SPACE, la face inférieure d'un ordinateur portable Apple devient une lame de guillotine, offrant une lecture austère de la tension entre l'apparente banalité des objets technologiques et les dynamiques géopolitiques qu'ils sous-tendent. L'indication du lieu de fabrication révèle l'imbrication profonde des collaborations technologiques sino-américaines, tout en pointant la fragilité et l'incertitude de ces relations dans le contexte international actuel.
BONIAN SPACE — Fondé à Pékin en 2019, BONIAN SPACE se concentre sur la découverte et le soutien d'artistes contemporain·e·s émergent·e·s. L'espace accompagne des artistes dynamiques avec une perspective globale pour développer leurs domaines professionnels à travers diverses formes, telles que les expositions, la recherche académique et des actions de médiation culturelle. BONIAN SPACE s'engage à promouvoir la communication et la coopération internationales entre les artistes, le public et les multiples institutions, afin d'explorer de nouvelles opportunités et possibilités dans le contexte de l'art contemporain.
Jiang Xue (姜雪)
Originaire du nord-est de la Chine, Jiang Xue vit actuellement à Shanghai. Diplômée de l'École nationale de cinéma de Łódź en Pologne, elle a également étudié à la Hochschule für Gestaltung (HfG) de Karlsruhe en Allemagne. Son travail, qui s'articule autour de la photographie, du livre photo, de l'installation et de la vidéo, explore les relations entre l'humain et son environnement, les dynamiques entre sujet et objet, et questionne les frontières de l'identité et de l'existence à travers une esthétique teintée de surréalisme.
Dans l'exposition thématique Ondulations Holographiques, présentée dans le cadre de la foire, Jiang Xue interroge « la féminité comme une condition ». Elle y rassemble plus de vingt œuvres issues de trois séries différentes, dans lesquelles les sujets photographiés évoluent souvent à la lisière entre l'humain et l'objet. Pour l'artiste, chaque photographie est une entité autonome — encadrée ou non, elle devient par elle-même une forme sculpturale. Elle cherche également à provoquer la rencontre entre l'image et le corps du spectateur·rice en créant des dispositifs. Certaines œuvres sont ainsi imprimées sur du tissu. « Si vous avez besoin d'une couverture, n'hésitez pas à utiliser mes photos. » Le corps du public devient alors partie prenante de l'expérience, rendant possible un contact physique avec son œuvre.
Ondulations Holographiques, Exposition de photographies de femmes — Organisée en collaboration avec la communauté Kesong dans le cadre du Mois de l'image She Shines initié par la foire, l'exposition Ondulations Holographiques articule les créations de cinq artistes femmes — Wang Yingying, Jiang Hanxuan, Qian Ruya, Jiang Xue et Xia Qiji — aux productions photographiques issues de la communauté. Cette exposition propose un dialogue entre pratiques artistiques professionnelles et productions issues des réseaux sociaux, dans un même espace de résonance. Ondulations Holographiques constitue ainsi une convocation collective des langages visuels féminins, et ambitionne de susciter des résonances multiples. L'exposition met en lumière la pluralité des expressions féminines contemporaines et affirme la subjectivité des créatrices.
Lean Lui (雷安喬)
Lean Lui est une artiste et photographe basée à Hong Kong. Diplômée de Central Saint Martins, elle enseigne actuellement au sein du programme de photographie contemporaine à la HKU SPACE (HKU School of Professional and Continuing Education). Son travail explore les transformations de l'intimité et de la perception corporelle dans les sociétés contemporaines, en interrogeant la vulnérabilité des individus dans un monde fondamentalement imparfait.
Présenté par la galerie PETITREE, son projet personnel s'inspire des textures et formes de la peau et de la chair humaine, en utilisant des éléments empreints de féminité pour reconfigurer avec douceur les rapports de pouvoir implicites entre les jeunes filles et la société. Les cicatrices du corps deviennent nœuds papillons ou déclarations d'amour. Dans son langage visuel empreint de délicatesse, la subjectivité des jeunes femmes émerge à l'intersection du désir, de la douleur et de la blessure. L'univers qu'elle construit est un espace paradoxal, à la fois cruel et sûr, où le pur et l'impur se confondent, et où la tentation cohabite avec la retenue.
PETITREE — Fondé en 2024 à Shekou (Shenzhen), PETITREE est un espace artistique dédié à l'émergence et à l'expression des forces créatives locales. Il se veut un lieu de rencontre et de frictions fertiles. Le nom « PETITREE » est issu de jeux de langue et de son : né de la variation des lèvres et de la bouche, il devient une entité autonome, une invitation à explorer l'art et la vie. « PETIT » est une manière de rappeler notre propre échelle, microscopique face au temps et à l'espace. C'est à travers cette petitesse que naît une attention accrue à soi-même et un respect renouvelé pour l'expression. Le suffixe « TREE » fait écho à l'environnement du lieu : des racines denses, une croissance vigoureuse, une énergie nourricière pour l'intuition sensible. PETITREE défend une lecture consciente de la matière et une vision singulière de l'espace, offrant un terrain libre et vivant pour la création continue.
Liang Xiu (良秀)
Née en 1994, Liang Xiu vit et travaille dans la province du Shandong. Elle pratique la photographie depuis 2016. Avec un regard quasi voyeuriste, elle observe et capture les phénomènes en marge de la société chinoise, ancrés dans le quotidien, et affiche sans réserve ses propres sentiments sur la réalité devant l'appareil photo. Ses images, à la fois grossières et délicates, révèlent les réalités souvent rejetées par le système social et culturel chinois traditionnel, et abordent des questions essentielles liées à la survie : disparités économiques, rôles des femmes, orientations sexuelles.
Three Shadows +3 Gallery a exposé Summoning, une œuvre issue de sa série Before Becoming a Butterfly. Liang Xiu y tisse des liens entre ses expériences personnelles dans les relations intimes et son environnement d'enfance. Elle traduit en images les visions oniriques de son esprit, tout en documentant ses émotions et fragments de vie. Pour elle, la photographie devient un passage entre le monde intérieur et la réalité, un moyen de chercher un équilibre entre les deux. À une période charnière de sa vie où elle doit choisir entre l'idéal et le réel, l'artiste tente de mélanger ces deux pôles, de concilier tensions et contradictions.
Three Shadows +3 Gallery (三影堂+3画廊) — Three Shadows +3 Gallery est un espace d'art contemporain rattaché au Three Shadows Photography Art Centre. Fondée en avril 2012, la galerie +3 s'attache à établir des passerelles entre le passé, le présent et l'avenir de la photographie en Chine, tout en favorisant les échanges artistiques et culturels entre la Chine et le reste du monde, avec la photographie comme médium principal. La galerie a pour mission de promouvoir les artistes photographes chinois·e·s les plus représentatif·ve·s et prometteur·se·s, tout en exposant de manière ciblée des œuvres majeures d'artistes internationaux·ales. En collaborant avec des institutions artistiques et des foires d'art majeures en Chine comme à l'étranger, +3 Gallery œuvre activement à la diffusion et à la reconnaissance internationale de la photographie chinoise.
Sun Can (孙灿)
Né en 1992 en Chine, Sun Can vit et travaille entre Londres et Taipei. Diplômé du Royal College of Art, il est titulaire d'un double master en sciences politiques et en arts visuels. Son travail interroge l'absurdité du monde contemporain et la fragilité des relations humaines, oscillant sans cesse entre humour et douleur, tragédie et comédie.
À l'occasion de la foire, la galerie Mandy Zhang Art y présente son projet personnel Absurd Poetry. S'inscrivant dans le concept de « sculpture instantanée », Sun Can transforme des objets du quotidien — pommes, fleurs, chandelles — en sculptures éphémères qu'il photographie pour en saisir l'instant fugitif, afin d'explorer les frontières entre sculpture et photographie. Par une reconstruction surréaliste des scènes du quotidien, l'artiste adopte une approche ludique pour résister à l'absurdité ambiante. En injectant conflit et paradoxes dans ses mises en scène, il révèle le chaos et l'absurdité latents de la vie ordinaire.
Mandy Zhang Art — Fondée en 2022 dans le quartier de Marylebone à Londres, Mandy Zhang Art est un espace d'art dédié à la découverte et à la promotion de l'art contemporain asiatique. Elle met en lumière une nouvelle génération d'artistes issu·e·s d'Asie, à travers des expositions soigneusement conçues autour de thématiques telles que l'identité ethnique, la décolonisation culturelle, et les pratiques du « care ». Peinture, installation, photographie : la galerie explore une grande diversité de médiums. Mandy Zhang Art se veut témoin de la richesse de la culture asiatique, et un pont entre les cultures orientales et occidentales. Par ses expositions et événements, elle offre une plateforme de dialogue et de compréhension aux artistes, tout en les accompagnant à repousser leurs limites créatives et à s'engager dans un dialogue constructif.
Zhang Wenxin (张文心)
Née en 1989, Zhang Wenxin est diplômée du California Institute of the Arts. Elle vit et travaille à Hangzhou. Se définissant comme une « constructrice de terrain », elle ne cherche pas à représenter paysages ou merveilles, mais à simuler les terrains complexes entre les esprits humains et non humains. Elle utilise des images, des films, des installations et des paysages sonores pour susciter des voyages perceptifs qui invitent le·la spectateur·rice à plonger dans les strates où le temps mécanique et le temps magique s'entrelacent.
La galerie ShanghART présente cinq de ses œuvres, dont quatre issues de la série Notes of the Hollow (2021–), une série photographique réalisée dans des grottes de reliefs karstiques. La grotte constitue un motif central dans sa pratique : l'artiste dit avoir été appelée en rêve par elle. Ses œuvres explorent la relation entre photographie, grotte et corps humain. Pour elle, la grotte est une pellicule tridimensionnelle dont les cristaux minéraux font écho aux grains d'argent de la photo, tandis que l'œil humain assure la conversion entre lumière et obscurité. Dans Eye of the Cavern, c'est au sein d'une mine semi-artificielle que se produit un face-à-face entre l'œil de la grotte et celui de l'humain — rencontre entre le temps humain et le temps géologique. Le dispositif d'exposition, semblable à une grotte, invite aussi le public à explorer les connexions entre corps, cavité et temporalité tellurique.
ShanghART Gallery (香格纳画廊) — Fondée en 1996, la galerie ShanghART est l'une des premières galeries d'art contemporain en Chine, avec des espaces à Shanghai, Pékin et Singapour. Depuis plus de vingt ans, la galerie ShanghART se consacre au développement de l'art contemporain en Chine, en entretenant une coopération étroite et à long terme avec plus de 60 artistes. Elle présente des expositions et des projets d'art contemporain de grande qualité, participe aux principales foires internationales et cultive des partenariats solides avec des académies et des institutions artistiques majeures de renommée mondiale.
Etienne Francey
Né en 1997, Etienne Francey vit et travaille à Fribourg, en Suisse. Diplômé de l'École de photographie de Vevey, il commence à explorer la nature dès l'âge de 9 ans avec son premier appareil photo. Par des procédés photographiques expérimentaux, il s'attache à transformer, distordre et colorer ses sujets, pour revisiter la manière dont nous percevons la réalité.
Présenté par la galerie française Fisheye Gallery, son projet en cours Etudes Florales explore une esthétique de la nature sans recours à la retouche numérique. Par des interventions physiques et optiques, il révèle les subtilités invisibles du monde végétal. Inspiré par l'impressionnisme, et en particulier Claude Monet, Francey se voit comme un peintre avec un appareil photo. Il tente de dépouiller la nature de sa forme figurative pour la conduire vers l'abstraction, en quête de simplicité. Ses œuvres sont à la fois des reflets de son monde intérieur et des odes poétiques à la nature. À la frontière entre réalisme et abstraction, elles ouvrent au spectateur·rice un espace de contemplation sensible.
Fisheye Gallery — Ouverte en octobre 2016, la Fisheye Gallery est située dans le Xe arrondissement de Paris, dans un lieu exclusivement dédié à la photographie contemporaine, à deux pas du canal Saint-Martin. Forte d'un second espace de 200 m² ouvert à Arles, la galerie est fière de représenter des artistes aux écritures diverses. En tant que jeune galerie, la Fisheye Gallery tend à se démarquer en proposant une programmation émergente internationale décomplexée. Elle assume son rôle de défricheur de nouvelles écritures photographiques dans les grandes foires européennes comme devant les institutions publiques et les acteurs de la photographie.